Quel grand stade pour Lyon

 Joël DUBOS
Dimanche 27 Février 2011

Résumé du dossier grand stade de Lyon, Gerland ou Décines, histoire d'un projet contre nature. Consultable sur http://www.lesgonespourgerland.unblog.fr

Comme tout secteur d’activité, le sport et notamment le football a beaucoup évolué au cours des ans ; particulièrement ces 20 dernières années.
Alors que les recettes aux guichets représentaient encore l'élément essentiel du budget des clubs jusqu'aux années 1990, l’intrusion de la publicité et de la télévision dans le sport ont totalement bouleversé la structure des budgets des clubs de football. Les droits payés par la télévision, avec la publicité, représentent aujourd’hui entre un tiers et deux tiers des budgets des clubs et constituent le poste le plus important de leurs recettes.

La libéralisation des contrats des joueurs conseillés par des agents, qui jouent désormais avec les lois de l'offre et la demande, tire les salaires et le coût des transferts vers le haut. Le mouvement s'est amplifié avec l'adoption de l'arrêt Bosman du 15 décembre 1995 qui a abolit « les frontières footballistiques » dans la Communauté Européenne. Avant cet arrêt, le nombre des joueurs étrangers évoluant en club était fixé par les ligues et les fédérations, entre zéro et trois selon les pays et les époques. Début 2008, on comptait 351 joueurs étrangers en Premier League (Royaume Uni), 213 en Ligue 1 (France) et 191 en Liga (Espagne).
Les transferts ont toujours existé dans le football mais leur prix a considérablement augmenté ces dernières années. En 2009 le transfert de Cristiano Ronaldo de Manchester United vers le Real Madrid a coûté 94M€ au Real.
Les enjeux financiers sont tels, que les structures associatives des clubs ont été adaptées et transformées en Société Anonyme Sportive Professionnel. Elles favorisent ainsi leur introduction en bourse, pour drainer l’argent nécessaire au financement de projets de grands stades dont les clubs veulent être propriétaires pour diversifier leurs activités et sources de revenus.
Le modèle le plus abouti nous vient d’Angleterre et se répand au niveau européen. Mais le risque majeur, réside dans la création d’une « Foot-bulle » financière spéculative dont on ne sait quand elle va exploser.

En France, seul le club de l’OL avait tenté l’aventure de l’entrée en bourse en 2003. Mais l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) avait rejeté le dossier en exigeant que 20% au moins des activités du groupe ne soient pas directement liées au football.
Confronté à une nouvelle charge financière pour la location du stade de Gerland dans lequel l’OL évolue depuis 1950, son Président Jean-Michel Aulas alors auréolé de sa couronne de triple champion de France, s’est pris à rêver d’un destin européen pour son club, lequel (destin) passerait par la construction d’un grand stade.
Ce projet aurait naturellement pu voir le jour selon les dispositions administratives réglementaires, si les enjeux politiques et financiers inhérents à ce genre de dossier ayant trait aux politiques sportives publiques et d’aménagement du territoire n’étaient venus entraver son déroulement.
En effet, la responsabilité des collectivités locales et des administrations en charge de l’aménagement du territoire est de veiller à la programmation de plan d’aménagement de territoires selon leur vocation ou leur destination d’usage (commercial, agricole, industriel, urbain…)… et Lorsqu’un entrepreneur envisage un programme d’investissement, il devrait, selon une logique formaliste, légaliste, rechercher le lieu, le plus adéquat parmi ceux qui seraient ou pourraient être rendu disponibles en respectant les règlementations et lois d’urbanisme en vigueur. Après en avoir payé le « prix du marché » et obtenu toutes les autorisations nécessaires conformes, il pourrait alors réaliser son projet…

Mais dans ce dossier de l’OL Land dont le grand stade n’est que l’arbre qui cache la forêt, il apparaît à l’évidence que les enjeux politiques et financiers sont venus contrarier ce cheminement idéal. Son déroulement a alors emprunté un chemin jonché d’embûches.
Mal ficelé, mené en dépit du bon sens, le projet OL Land n’a en fait rien d’une démarche cohérente et structurée qu’auraient du mener (en amont de la décision de faire un nouveau stade) les services techniques et administratifs du Grand-Lyon.

Ce projet né du désir et de la volonté d’un homme est, au contraire, la conséquence d’une succession d’opportunités et de renoncements en faveur d’un immense complexe privé dédié aux activités commerciales et aux loisirs sportifs.
Il inclurait en effet : le nouveau stade de 60.000 places, le centre d’entraînement de l’équipe professionnelle de ligue1, une boutique OL Store, 7.000 places de stationnement, plusieurs équipements de loisirs et de divertissements : un centre de loisirs de 40.000m², deux hôtels de 150 chambres et enfin 8.000m² d’immeubles de bureaux.

En 2005, l’idée du départ de l’OL du stade de Gerland n’enchante pourtant pas grand monde du coté de la Mairie de Lyon.
D’abord opposés au départ de l’OL pour ne pas perdre le million d’Euros annuel de la location de Gerland, le Maire de Lyon Gérard Collomb également Président du Grand-Lyon et son adjoint aux sports Thierry Braillard, finiront par céder aux désidératas et pressions du Président de l’OL à la condition, que son stade ne sorte pas de l’agglomération.

L’affaire aurait pu être conclue en 2006 pour une implantation à Vénissieux, sur le site du Puisoz, fort bien située et desservie par les transports en commun, si l’appétit financier et la pingrerie du Président de l’OL ne s’étaient heurtés aux prétentions du propriétaire du terrain.
Mis devant le fait accompli, risquant de voir ce projet s’exiler au-delà des limites du Grand-Lyon, Gérard Collomb découvrira, au hasard des recherches de solutions pour un contentieux externe à ce sujet, le site du Montout à Décines.
Il se saisira alors du dossier et proposera cette destination à Jean-Michel Aulas sans même avoir consulté le Maire de Décines alors en voyage en Arménie.

Le principal motif mis en avant par le Président du Grand Lyon pour reprendre à son compte et justifier ce projet serait une opération de prestige par le « rayonnement » qu’apporterait l’équipe de football à l’agglomération lyonnaise, auquel il ajoutera pour mieux le faire passer, le développement économique de l’Est lyonnais.

En dehors du fait que les protagonistes de ce projet occultent l’attachement des lyonnais à leur club et au stade de Gerland (où l’OL a glané tous ses titres), qu’ils passent sous silence les possibilités d’aménagement de Gerland et cachent aux lyonnais les études réalisées par deux cabinets d’architectes, ils n’envisagent à aucun moment les difficultés que représente l’accessibilité d’un stade à Décines aussi éloigné du centre ville, ni le niveau des engagements financiers qui seraient nécessaires pour établir un service de transport en commun susceptible de répondre aux exigences de fonctionnement (qui malgré cela resterait plus que médiocre). Jean-Michel Aulas, qui se moque comme d’une guigne de l’endroit, à partir du moment où il n’a pas à payer les voies d’accès, dira « banco » à l’aubaine foncière.

L’OL puis le Grand-Lyon tenteront de convaincre du bien fondé de ce projet, mais celui-ci prend rapidement l’eau de toute part. La disparition programmée d’espaces naturels, les graves carences du projet en matière d’accessibilité, les nuisances engendrées par cet équipement et le montant des investissements publics finissent par galvaniser rapidement la contestation sur toute l’agglomération (Cf. p 68 & 69, 64% favorables à Gerland).

Octobre 2010 : Après trois enquêtes publiques ayant toutes conduites à des avis défavorables, le projet doit repartir pour la troisième fois pour une nouvelle enquête publique pour la révision du PLU du Grand-Lyon sur la commune de Décines.
Ni le Grand-Lyon, ni le Sytral, ni l’OL n’auront réussi à faire la démonstration de l’efficacité des transports en commun (TC) sur le site du Montout. Malgré les sommes qu’il faudrait investir (de l’ordre de 300 à 400 Millions €) le nombre de spectateurs qui utiliseraient les TC et modes doux pour se rendre au stade du Montout serait selon le dossier d’accessibilité du Grand-Lyon (p14) de : 9.000 par le réseau TCL, 1.700 en modes doux soit 10.700. Plus 4.800 supporters de l’équipe adverse transportés par cars. Les 44.500 autres spectateurs pour remplir le stade viendront selon ce schéma en voiture. Ce seront donc au total 49.300 spectateurs sur 60.000 soit 82.2% qui viendront par la route.

Alors, affirmer que ce grand stade est nécessaire au rayonnement de l’agglomération, c’est montrer bien peu de considération pour la population du Grand-Lyon (1,3 million d’habitants) au regard de 60.000 spectateurs, 35 jours par an, en passant sous silence l’indécence dont sait faire preuve le milieu du football professionnel.
Outre les considérations qui montrent l’incompatibilité du projet OL Land à Décines avec les préconisations et règlements d’urbanisme et de déplacements, élus, associations et citoyens soulignent l’incongruité des investissements publics pour l’aménagement des accès au seul profit d’un investisseur privé, même si certains investissements sont présentés en feignant d’élargir le périmètre opérationnel pour justifier cette aide directe de la collectivité, totalement déraisonnable.

Les éléments de ce projet font clairement apparaître que l’opérateur privé (OL Groupe) serait bénéficiaire de plus de 50 hectares de terrains acquis par le Grand Lyon, à son profit, au prix dérisoire du terrain agricole. Qu’il les revendrait ensuite à des promoteurs d’hôtels et de centres commerciaux. Ainsi le bénéfice de l’urbanisation de ce territoire, extrêmement onéreuse pour les collectivités pour 35 jours d’occupation du stade par an, serait exclusivement attribué à l’opérateur OL Groupe.
L’abondement au fétichisme du ballon rond dans ce projet est indécent au regard des besoins quotidiens des habitants à qui l’on explique que les programmes d’habitat, de crèches, de santé, de réfection de voiries et de trottoirs, de déplacements quotidiens ne sont pas traités depuis des années faute de moyens financiers, mais qu’en plus, ils vont devoir faire des efforts pour consommer moins d’énergie, émettre moins de CO²… et qu’ils devront payer plus de taxes d’habitation.
Il est grand temps de revenir aux investissements nécessaires au maintien et à la création de véritables emplois durables et, de préserver et renforcer les milieux naturels de proximité comme préconisé dans le SCOT.

Alors qu’une véritable étude d’impact globale et une étude du caractère d’intérêt général de cette opération aurait du précéder toute décision politique sur la nécessité d’un second stade, sur son statut et le cas échéant sur son lieu d’implantation, c’est une campagne de publicité qui a essayé de convaincre la population que ce projet était inéluctable.
Aucune étude d'ensemble ou stratégique n'a été menée par le Grand-Lyon pour déterminer les besoins et la solution d'un grand stade pour l'agglomération, alors que la capacité actuelle du stade de Gerland est tout de même suffisante pour 95% des matchs. Ce type d'études devrait pourtant constituer un préalable à toute décision dans ce domaine. C’est par là qu’il faut reprendre ce dossier d’autant qu’urbanistes et architectes nous ont démontré que l’exigence de faire grandir la ville sur la ville est possible.
Projet contre nature, sans mise en concurrence, sans ouverture de procédure de ZAC… projet qui va à l’encontre des politiques de déplacements, de développement durable et d’économies d’énergies… Le dossier présenté par l’OL et soutenu par le Grand Lyon, juridiquement fragile et n’ayant pas reçu de modifications significatives, ne devrait pas recevoir d’avis différents des précédents. Comment dans ces conditions déclarer d’intérêt général pareil projet qui n’est devenu en fait qu’une vaste opération immobilière, pour des activités économiques privées !

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